Concevoir des villes multipolaires, polycentriques...

Concevoir des villes multipolaires, polycentriques...

21/09/2007

Par Jacques Donzelot | Urbanisation | 0 commentaire

Il existe un déséquilibre entre les flux et les lieux qu'il faut corriger.

Erik Orsenna: En l’absence de contraintes financières sur la construction des infrastructures, que feriez-vous ?

Jacques Donzelot
: Il existe un déséquilibre entre les flux et les lieux qu’il faut corriger. Prenons l’exemple de la relégation : ce sont des gens qui ne bougent pas, le lieu est tout et les flux n’existent pas ou très peu et ils se stabilisent d’ailleurs de plus en plus, il y a une immobilisation et c’est l’immobilité qui est la chose la plus frappante quand on va dans une cité dite de relégation.

Il y a un problème de déséquilibre entre le lieu et le flux. Quand vous allez dans le péri-urbain, vous avez un déséquilibre inverse, vous avez des gens qui passent tout le temps, toute leur journée dans leur 4X4 pour aller à leur travail, pour revenir chez eux où ils ne bougent plus. Tout est dans les flux et le lieu est un tout petit lieu, microscopique où on allume la télé, l’ordinateur, on regarde un peu pour voir si les voisins sont bien là… mais il n’y a pas du tout de sociabilité.

Si vous prenez des espaces gentrifiés, vous avez un équilibre parfait entre les flux et les lieux, parce que lorsque l’on est dans un espace gentrifié, dans le centre d’une grande ville, on est ici et ailleurs, c’est-à-dire que l’on a un don d’ubiquité, on est dans la ville dans toute son essence, c’est la beauté, c’est le rêve, c’est pour cela que c’est si cher, vous êtes ici et ailleurs parce que vous avez ici ce que l’on trouve ailleurs en termes de spectacles, en termes de restaurants, en termes de grande école, d’université etc…

Le problème est de savoir à quelles conditions peut-on retrouver l’esprit de la ville ? La seule condition qui redonnerait un peu de crédit au concept de ville ce serait de rééquilibrer ce rapport entre les lieux et les flux, que les gens soient moins confinés dans les cités et puissent en bouger plus facilement.

Plutôt que de se focaliser sur les centres qui se gentrifient, il faut valoriser les centres ailleurs, concevoir une ville multi-polaire, poly-centrique reliée par des moyens de transports de manière circulaire et non pas avec un système de navette avec le centre. C’est là qu’il faut créer de nouvelles infrastructures.

Propos recueillis par Erik Orsenna, dans le cadre de la rencontre-débat organisée par la FNTP le 22 mars 2007 sur le thème "Espace et citoyenneté".


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L'auteur

Jacques Donzelot

Jacques Donzelot

Maître de conférences à l'université de Nanterre et conseiller scientifique au Plan urbanisme Construction Architecture.

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