« On parle déjà de 1500 kilomètres de ralentissements. Plus ce sera lent, plus les voyageurs iront vers d'autres modes [de transport]. »
Robert Rivier, professeur à l’EPFL et auteur du rapport sur l’état du réseau ferré français (2005).
« L'extrême faiblesse du montant consacré aux infrastructures d'interconnexion en 2007 est en contradiction avec l'objectif de réalisation d'un marché unique européen de l'électricité. »
Commission de Régulation de l'Energie, délibération du 21 décembre 2006.
Un déficit d’entretien parfois critique
Eau
Le taux de fuite observé sur le réseau d’adduction d’eau potable français (environ 850 000 Km) détériore le rendement global d’environ 30% (source : rapport des Canalisateurs de France, le syndicat professionnel des entreprises spécialisées en adduction d'eau et assainissement, 2002).
Pour limiter cette dégradation due au vieillissement des canalisations, il faudrait renouveler ces dernières plus fréquemment : tous les 75 ou 125 ans au lieu de 150 à 180 ans, estime le rapport. En moyenne, un tel plan nécessiterait de mobiliser chaque année environ 1 milliard d’euros.
Il faudrait, en outre, prévoir des phases de renouvellement plus intenses:
- La répartition de l’âge des canalisations n’est pas uniforme (44% a été posé avant 1970).
- Certains matériaux utilisés autrefois, comme la fonte grise ou le vieux PVC, plus fragiles, se détériorent plus vite.
- Les obligations réglementaires contraignent à éradiquer tous les matériaux contenant du plomb avant 2015.
Un pic de renouvellement est ainsi à prévoir d’ici à 2015 au cours duquel au moins 15 000 km de canalisations doivent être changés chaque année pour un montant annuel de 1, 5 milliard d’euros.
Gaz
A chaque accident grave dû à la rupture ou à l'explosion d'une canalisation de gaz, comme en juin 2005 à Mulhouse (18 morts, une vintaine de blessés), se pose la question de l’état des canalisations de gaz : où en est-on du remplacement des tuyaux les plus vétustes ?
Les canalisations en fonte grise, connues pour leur fragilité, auraient dues, selon Gaz de France être remplacées avant l'an 2000. Or, on estime le « parc » actuel de ce type de canalisation à plus de 2000 km...
Electricité
La résistance aux intempéries de notre réseau de transport électrique, de même que nos capacités d’interconnexion avec les autres réseaux européens, sont des conditions nécessaires à la disponibilité du service et à sa qualité et à l’ouverture du marché européen de l’énergie.
Or, le pourcentage de lignes enfouies, qui permettent de s’affranchir du risque climatique, demeure très faible (environ 4% des lignes enfouissables).
Par ailleurs, la Commission de Régulation de l'Energie, autorité administrative indépendante chargée de veiller au bon fonctionnement des marchés de l'électricité et du gaz en France, a souligné fin 2006 l’insuffisance des investissements dans les infrastructures d’interconnexion. (Voir aussi la rubrique Energie)
Réseau ferré
Si on maintient les dépenses d’entretien au niveau actuel, 60% de notre réseau ferroviaire sera inexploitable d’ici à 2025. C’est l’une des conclusions du rapport d’audit sur l'état du réseau ferré français réalisé par le professeur Robert Rivier, de l'Ecole Polytechnique de Lausanne en septembre 2005.
Selon le rapport, la dégradation du réseau découle d’une part d’une insuffisance de moyens dévolus à l'entretien des voies et d’autre part d’une mauvaise répartition des dépenses: 2/3 seraient consacrées à l’entretien des voies, 1/3 à leur renouvellement. La solution consisterait à inverser ce ratio comme c’est déjà le cas dans d’autres pays pour mieux valoriser le patrimoine.
A la suite de la la publication du rapport, le gouvernement a décidé d'augmenter sensiblement mais progressivement l'enveloppe accordée au groupe Réseau Ferré de France, propriétaire et gestionnaire des infrastructures ferroviaires françaises, d'ici à 2010. Cette rallonge de 1,87 milliard d'euros sur cinq ans reste très insuffisante. D'après Robert Rivier, il faudrait investir chaque année plus du double pour assurer un maintien du réseau en bon état.
Réseau routier
« L’entretien du patrimoine routier n’a jamais fait l’objet d’une politique définie par un texte stratégique », déplore un rapport de la Cour des Comptes daté de 2001. Entretien et exploitation sont gérés sans cohérence et sont dispersés entre différentes sections budgétaires. Les budgets alloués sont insuffisants. Résultat : 22% des chaussées du réseau souffre de graves dégradations...
Un audit plus récent (fin 2006) émanant du Ministère du Budget, compare, au niveau européen, les dépenses d’entretien pour les routes nationales et autoroutes à la charge des Etats. Le rapport confirme les conclusions de la Cour des Comptes et met en évidence le faible niveau de dépenses consenties par l’Etat français pour l’entretien de ses routes (inférieures à celles de l’Allemagne et du Royaume-Uni).
Les ouvrages d’art (ponts, viaducs, tunnels, etc.) méritent une attention particulière. On en compte 200 000 aujourd’hui, dont 40% à plus de 50 ans. Ces structures, soumises à des efforts mécaniques et physico-chimiques, perdent progressivement de leur capacité fonctionnelle. Faut-il attendre que leur usure se rapproche du seuil critique pour entreprendre de lourds travaux de réfection ou doit-on intervenir régulièrement sur les ouvrages afin de les maintenir à un niveau de fonctionnement normal ?